Personnaliser un roman déjà écrit … ou créer une oeuvre nouvelle,

Ne pas confondre ! 

Vous revez d’être romancier. De nouvelles propositions fleurissent sur le web et vous proposent d’être « co-auteur » de votre roman. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’elles sont un peu ambigues.

Voilà par exemple une proposition que l’on trouve sur le site culturel « evene » :

Devenez co-auteur du roman
dont vous êtes le héros
Vous avez toujours eu envie d’écrire mais ne trouvez ni le temps, ni le courage ?
     

 

Un roman écrit selon vos instructions pour vous ou la personne de votre choix.

Pour écrire vos aventures, rien de plus simple : choisissez votre intrigue, vos personnages, leurs traits de caractères, le lieu, le style et de nombreux détails qui feront de ce livre le vôtre… et nous nous chargeons de la narration selon vos instructions (jusqu’à 1000 zones de personnalisation pour un roman de 180 pages).

   Voir une démonstration :
http://www.evene.fr/livres/monroman/roman.php

Une idée cadeau unique et originale !

Surprenez votre famille et vos amis en leur offrant un roman unique et personnalisé.
Au fil des pages, ils se reconnaîtront dans vos personnages. Quel meilleur moyen de surprendre et faire passer vos messages à votre entourage ?

A un prix très attractif, ce produit apporte la touche affective supplémentaire de la personnalisation et la valeur du cadeau unique…lisez romanesque

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Vous l’aurez compris, cette proposition commerciale que vous fait le site « evene » ne vous offre pas réellement de vous associer à une « création littéraire ». Les chercheurs qui travaillent sur les générateurs de romans, comme TALE-SPIN, BRUTUS, GESTER, MINSTREL ou MEXICA définissent la « prédictibilité » du texte comme le moyen de qualifier la créativité du logiciel de génération de roman. Cette prédictivité est d’autant plus grande que le texte est déterminé par les règles introduites à la création dans le logiciel, ce qui va de pair avec une faible capacité créative du logiciel. A contrario, un logiciel générateur de roman est d’autant plus créatif que sa prédictivité est faible. Bien evidement, dans le cas de l’offre relayée par evene, la prédictivité est totale et donc la créativité quasi nulle : tout est pré-écrit et vous ne pouvez choisir que quelques noms propres qui font être introduits dans le corps du texte pré existant. On est donc bien loin des performances imaginées pour Romanesque 2.0 le logiciel mis en sène dans le roman eponyme (cf http://romanesque.fr )

 

 

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Qui s’intéresse encore aux générateurs de romans ?

La cyber littérature recouvre aujourd’hui deux champs complémentaires de recherche :

– Le premier concerne le processus d’écriture en lui même. On étudie la possibilité de génerer des livres linéaires, des récits de forme classique par ordinateur. L’intérêt est de mieux analyser le processus du romancier. On produit des livres au sens classique du mot qui désigne est un objet fini, un récit que son auteur a terminé avant de le remettre à son éditeur puis par son biais à ses futurs lecteurs.

– Le second champ, a contrario, s’intéresse à produire un hypertexte, c’est à dire une œuvre élastique, perpétuellement personnalisable et inachevée qui pourra gonfler et dégonfler en fonction des simples désirs d’un lecteur, devenu aussi un peu auteur : ces hypertextes font éclater l’univers clos de l’ouvrage linéaire.

A quand des cybergénérateurs pour écrire nos éposides de séries TV ?

pour comprendre l'avenir lisez RomanesqueAvec la généralisation de l’informatique et de l’internet, des oeuvres de cyber littérature apparaissent et transcendent leurs précurseurs de l’Oulipo, en dépassant leurs limites qui étaient la simple expression de règles accompagnées de la formulation de quelques solutions figées, et ce d’autant que les machines d’aujourd’hui ont la puissance de travailler à de multiples niveaux  vocabulaire, structure de la phrase, construction des personnages, de l’intrigue. La toute fin du XXème siècle a été marquée en France par une grande activité de création dans ces domaines au sein de l’A.L.A.M.O. et du Labart.

Aujourd’hui, la majorité des tenants de la cyberlittérature, comme les Brésiliens du NUPILL qui éditent Revista Text Digitala et les Français du centre Hubert de Phalèse travaillent plus sur l’informatique comme un outil de navigation, d’enrichissement par des variantes ou de production d’hypertextes en ligne, tandis que ceux qui -comme R. Pérez y Pérez à l’université de Mexico– approfondissent la recherche sur la création romanesque et la gestion du récit linéaire par les émotions qu’il peut susciter, sont devenus minoritaires.

Ainsi, la cyber littérature est plus présente sur le front des hypertextes que sur la génération d’un effet de réel par un automate romancier linéaire. Cette seconde question, pourtant centrale pour la littérature, semble devoir attendre une nouvelle génération de progrès pour redevenir d’actualité : il faudra que les chercheurs ne s’intéressent plus seulement à transgresser le monde clos de l’ouvrage livré en travaillant à des hypertextes, reliant auteurs et lecteurs à des hyper-feuilletons multiples sur le web [1], mais en reviennent à travailler sur l’effet de réel, base intemporelle de la fiction réussie.

Vu sous cet angle, l’histoire que met en scène « Romanesque 2.0 » (cf http://romanesque .fr ) pourrait paraître à certains comme une intrigue dépassée… A moins qu’au contraire, elle ne préfigure une nouvelle vague de questions qui vont devenir d’une grande actualité dans quelques années.

Est-il en effet si loin le momment où les automates aujourd’hui encore trop complexes comme Mexica commenceront à produire les sécnarii des multiples épisodes des séries TV que nous consommeront sans problème en prime time chaque semaine. 

Et alors, on se dira que l’on aurait pu s’y attendre.

Quelques repères bibliographiques en français sont disponibles à :
http://hypermedia.univ-paris8.fr/articles.htm à signaler particulièrement :
BALPE J.-P., LELU A., SALEH I. (coords.)
Hypertextes et hypermédias: Réalisations, Outils, Méthodes, Hermès, Paris, 1995. Voir en particulier : Jean Clément, Du texte à l’hypertexte: vers une épistémologie de la discursivité hypertextuelle, (http://hypermedia.univ-paris8.fr/jean/articles/discursivite.htm#litmach )
La littérature au risque du numérique Jean Clément, Document numérque n°X/2001 http://hypermedia.univ-paris8.fr/jean/articles/docnum.pdf

 

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Bienvenue sur Autokteb, le blog consacré à la génération romanesque

lisez romanesque 2.0 et tremblez pour Naima« Sur chaque face des dés étaient collés des papiers, et sur ces papiers on avait écrit tous les mots de la langue dans leurs diff érents modes, temps et déclinaisons, mais sans ordre. Le maître m’invita à regarder, parce qu’il allait mettre la machine en mouvement.

À son commandement, les élèves prirent chacun une des manivelles de fer, au nombre de quarante, qui étaient fi xées le long du métier, et, faisant tourner ces manivelles, ils firent changer totalement la disposition des mots. Le professeur commanda alors à trente-six de
ses élèves de lire tout bas les lignes à mesure qu’elles paraissaient sur le métier, et quand il se trouvait trois ou quatre mots de suite qui pouvaient faire partie d’une phrase, il la dictait
aux quatre autres jeunes gens qui servaient de secrétaires. »

Jonathan Swift, Les Voyages de Gulliver, 1726,
partie III, chapitre v. cité par
[adpf]

Les relations entre « écriture littéraire » et « informatique » s’organisent selon trois dimensions. La première s’intéresse à l’informatique comme source d’inspiration, la deuxième concerne l’utilisation de l’informatique pour donner accès au texte, la troisième travaille sur son utilisation pour écrire. Ce à quoi s’ajoute pour mémoire, le quatrième champ « cosmétique » des outils bureautiques, destinés simplement à faciliter la vie des auteurs ou à effectuer des changements systématiques de mots.

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