Cartographier mots et idées pour écrire des récits plus captivants, mais aussi pour gérer ses savoirs

Créer des arbres ou des cartes pour relier les idées et les éléments d’un récit ou de compétences que l’on apprend ou possède.

Comme l’article précédent l’illustre avec  le site http://textarc.org , disposer d’un logiciel qui permet de créer des cartes pour décrire les mots fréquement utilisés dans un texte, en représenter l’évolution au fur et à mesure des chapitres d’un récit permet de mieux suivre l’évolution d’une intrigue. On peut donc mieux appréhender le travail de l’auteur et faire la relation entre chacun des mots qu’il emploie et le déroulement de l’histoire.

On peut ainsi suivre comment différentes variations influent sur la fréquence des noms, des adjectifs ou des verbes : l’apparition des personnages, l’ambiance, les événements qui se déroulent ou encore le changement de lieux. Romanesque 2.0 (le logiciel héros du roman éponyme cf http://romanesque.fr ) utilise bien sûr ce type d’outils à la fois pour suivre la rédaction des phrases (mots à mots) et aussi pour gérer la progression de l’intrigue.

Textarc ( http://textarc.org ) constitue en fait un premier outil de cartographie sémantique. De multiples autres outils permettent de mieux apprécier ou visualiser ce que l’on comprend en lisant un texte ou en participant à une formation. On peut aussi utiliser ce type d’outils (qui font des liens entre signifiant et signifié) quand on est soi même en train d’écrire c’est à dire  pour mieux apprécier, organiser ce que l’on a envie d’exprimer ou de partager avec d’autres. 

Plus globalement,  connaître, c’est relier des informations ; comprendre, c’est relier ses connaissances. Les outils qui permettent d’organiser et de visualiser de telles relations sont donc des auxiliaires précieux pour structurer sa pensée ou ses savoirs. S’appuyant sur le dessin de réseaux, d’arbres ou de cartes, ces instruments ou méthodes figurent respectivement des interactions, des filiations ou des proximités ; selon les contextes, ils servent à mieux structurer des prises de notes, à favoriser la concertation en groupe, à mieux écrire, à se repérer parmi mots, idées ou documents ou encore à formaliser ou partager des visions de ses compétences ou connaissances.

Organiser individuellement en écoutant, cartographier ce que l’on recoit

C’est le cas des méthodes de prise de notes dites « heuristiques » que l’on peut mettre très simplement en application avec du papier et un crayon, en construisant en fonction de sa perception des relations entre les différents sujets ou bribes d’informations, un réseau de noeuds et liens (c’est à dire une représentation des connexions) qui peut être une arborescence (c’est à dire des liens de filiation) ou une carte (qui prétend alors figurer des proximités et des distances, voire s’appuyer sur une « métrique » au sens mathématique du terme), au lieu d’écrire de manière linéaire et chronologique. Ainsi, des enseignants, à tous les niveaux scolaires, proposent-ils à leurs élèves de représenter des informations ou des champs de connaissances de tous types. Pour être pédagogiquement efficace, cette stratégie suppose bien évidement de confier aux élèves le pouvoir et la responsabilité de construire eux-mêmes leurs arbres ou leurs cartes.

Suivre les étapes d’un texte explicatif par un arbre 

Quand on écoute les lecteurs de textes explicatifs parler de leur impressions de progression ou de rupture, on pense à utiliser des représentations par des arborescences ou plus généralement des réseaux pour décrire la structure des enchaînements des concepts; ainsi, si l’on demande à des lecteurs de textes explicatifs de représenter ces textes par un dessin avec une consigne du type « dessine un arbre qui décrit comment se structure ce texte… », on obtient plusieurs types de figures. De branches verticales (comme un peuplier) lorsqu’il s’agit de textes qui enchaînent des modifications progressives des représentations de leurs lecteurs. Des bulles indépendantes (comme un verger, voire un gazon) lorsqu’il s’agit de textes qui juxtaposent des apports indépendants les uns des autres. La lecture d’un récit romanesque comme celui de « Romanesque 2.0 » par exemple cf http://romanesque.fr produit une figure intermédiaire.

Cette transformation d’un récit ou d’un discours en réseau, arbre ou carte, permet de remplir sa feuille de manière synchrone avec le discours que l’on écoute (ou le texte que l’on lit), tout en organisant l’occupation de l’espace de la feuille d’un manière non synchrone avec la réception du discours, mais selon la hiérarchie logique que l’on y perçoit (opération que l’on qualifie quelquefois de passage du synchronique au diachronique). Pour donner un exemple en ce qui concerne la construction d’un arbre de notes heuristiques, la règle est de déterminer si la compréhension d’un paragraphe exige ou non la compréhension de celui d’avant. Si oui, on continue sur la même branche, si non on remonte d’un (ou plusieurs) niveau(x) et l’on crée (au bon niveau) une nouvelle branche.

Les limites d’un tel processus sont assez évidentes. La construction progressive de la hiérarchie ne donne pas de vue globale ce qui produit des hiérarchisations pragmatiques qui manquent de recul ; en revanche, la consigne est relativement simple à formuler. Il faut également noter que la nature ou la taille des éléments que l’on cartographie est loin d’être identique et aisée à déterminer. Il peut s’agir d’unités sémantiques (paragraphes, mots, phrases, alinéas) de blocs repérés (chapitres, pages Internet, textes, documents) ou alors d’abstractions plus ou moins faciles à définir ou à mettre en évidence (idées, concepts, savoirs, connaissances, compétences).

Cela dit, réduire la prise de note au dessin d’un arbre revient à s’imposer de ne représenter les contenus que selon des relations hiérarchiques pyramidales. De fait, on peut s’affranchir de cette contrainte simplificatrice si l’on décide de figurer aussi d’autres liens, comme des courts circuits que l’on superpose à l’arbre et qui le transforment en réseau. La cartographie ne se limite alors pas à une transformation d’une lecture linéaire ou une présentation structurée et hiérarchisée par un plan. Elle permet alors aussi de découvrir les relations entre ces bribes de connaissances selon plusieurs perspectives complémentaires. Il s’agit là d’élargissements semblables à ceux qu’apportent l’utilisation de thésaurus et des classifications multi critères ou multi référentiels dans les catalogues de bibliothèques ou de pages Internet, comme le proposent les moteurs de recherche dit intelligents, comme par exemple http://kartoo.com.

Visualiser pour se confronter ou se concerter au sein d’un groupe

Des méthodes plus dynamiques ou plus collectives construisent des réseaux ou des cartes en utilisant des post-it™. Elles permettent de peser le pour et le contre avant de faire un choix et d’échanger entre participants d’un groupe, ou lors d’une synthèse, sur la structure même des connaissances, ce qui permet d’expliciter des représentations implicites. Ce processus d’organisation collective des informations ou des opinions est à la base de la méthode formalisée par Schnelle E. lors de ses stratégies de synthétisation connues sous le nom Metaplan, qui consistent à regrouper des expressions individuelles en paquets thématiques pour les analyser collectivement au plus vite.

Au delà de permettre de figurer des contenus très explicites (chapitres, documents, mots…) ces techniques peuvent aussi servir à aider à la formalisation d’objets implicites, non aisément repérés par un individu ou un groupe. C’est ainsi qu’elles sont utilisées pour déclencher, favoriser ou accompagner des prises de conscience individuelles ou au sein de groupes de paroles. Dans cet esprit collectif, elles permettent un travail identitaire de formalisation et de clarification des spécificités et complémentarités de chacun ainsi que de construction d’une éventuelle identité collective. Ce type de travail peut concerner plusieurs familles d’objets enfouis, comme des souvenirs, des savoirs-faire non émergés et des connaissances non reconnues.

Utiliser l’informatique juste pour visualiser ou pour échafauder des structures

Bien sûr, autour de ces méthodes manuelles se sont développées ou des outils informatisés en particulier pour les prises de notes heuristiques comme FreeMind http://FreeMind.sourceforge.net/wiki/ en freeware ou ses équivalents (voir la communauté francophone de http://www.petillant.com sur Internet). Une première famille d’outils regroupe des logiciels qui se limitent à la représentation des figures, la puissance de calcul de l’ordinateur ne servant pas dans l’analyse ou la détermination des connexions, des filiations ou positions des contenus.

Au contraire, d’autres systèmes informatiques déterminent eux-mêmes les relations qu’ils figurent : ils s’appuient pour cela sur des calculs de proximité, des évaluations de filiation ou de similitudes. Pour cela, ils comparent des fréquences de mots ou d’expressions, choisis une fois pour toutes (en s’appuyant sur des listes d’index ou structurée comme un thésaurus) ou déterminés par une première exploration. C’est le cas des métamoteurs comme http://www.kartoo.com sur Internet qui organisent leurs résultats en cartes en fonction des mots communs qu’ils présentent en plus de ceux qui sont directement l’objet de la recherche.

S’essayer à la cartographie de mots ou d’idées

Visualiser empiriquement des relations entre des connaissances

Plusieurs méthodes peuvent être utilisées pour permettre à un groupe de visualiser la complémentarité des blocs de connaissances que ses membres possèdent ou peuvent échanger entre eux. Ainsi, on peut utiliser des post-it représentant ces blocs des connaissances que l’on organise spatialement plus ou moins empiriquement. On forme alors sous le contrôle du groupe des arbres ou des cartes pour figurer des proximités ou des liens de ces divers blocs, selon qu’ils sont jugés comme appartenant aux mêmes chapitres ou thématiques (branche savoirs pratiques, sous branche informatique, catégorie logiciel etc. ou branche savoirs scolaires, sous branche littérature française, catégorie poésie romantique). Dans une logique d’échanges de savoirs, une même représentation graphique permet de situer des offres et des demandes (en utilisant des couleurs pour les différencier) et ainsi d’en discuter par exemple les pré-requis, les étapes ou la chronologie des apprentissages. Bien évidement, les échanges verbaux au sein des groupes qui travaillent collectivement à l’établissement de ces cartes ou arbres, sont autant porteurs de sens que les figures finales elles-mêmes. On peut aussi préciser les offres et les demandes en découpant les blocs en sous- parties, qui peuvent ainsi servir à une meilleure définition des échanges, séance par séance, ainsi qu’à une auto-évaluation.

Si au fur et à mesure de la vie d’un groupe, on prend soin de s’appuyer sur les images déjà produites, on produit alors des dessins qui permettent de visualiser les complémentarités en terme de centres d’intérêt et de profils des participants et on peut par exemple voir apparaître des sous groupes.

Utiliser des logiciels de notes heuristiques pour décrire ses connaissances

Un même type de travail de construction d’arbres peut être réalisé sur un ordinateur avec des logiciels de notation heuristique, comme FreeMind. Plusieurs autres outils de notation heuristiques existent, comme MindManager®. Ce type d’outils présente l’avantage de construire des arbres hiérarchiques dont les branches peuvent être déplacées ou changées de niveau en bloc. Même si l’on peut travailler en collectif avec un vidéoprojecteur, cette technique est tout de même plus adaptée à un travail individuel, soit de prise de notes, soit d’analyse d’un sommaire de cours pour en mettre en évidence la structure hiérarchique et en suivre l’appropriation. Bien sûr, la complémentarité avec un travail collectif d’affichage de post-it peut donner envie de produire et d’imprimer des feuilles de notes heuristiques pour les substituer aux post-it.

Mettre en oeuvre les Arbres de Connaissances

L’approche qui vient d’être décrite peut servir d’introduction aux « Arbres de Connaissances », méthodologie mise au point par Michel Authier et Pierre Levy, en 1992. En effet, ces visualisations de systèmes de savoirs de chacun et de leur complémentarité peuvent donner envie d’en construire de manière plus systématique et plus globale. Pour ce faire, le logiciel de visualisation des arbres See-K est disponible gratuitement via le réseau Arbor & Sens. Le site Web d’Arbor & Sens [http://seek.arbor-et-sens.org/linkage] fournit aussi plusieurs fiches d’exemple d’utilisation, téléchargeables au format PDF. Vous y trouverez tous les éléments concrets pour mettre en oeuvre une démarche Arbres de Connaissances. Afin d’agir dans la plus grande transparence, indispensable à l’émancipation, il faut insister sur la différence de nature entre des méthodes de pure visualisation, où les individus maîtrisent en totalité les choix de proximité ou de distance qu’ils figurent entre les blocs de connaissances, et un outil comme See-K, calculant automatiquement des proximités (à partir de la fréquence des mots).

D’autres outils, comme les analyses factorielles et les classifications ascendantes peuvent être utilisées, comme cela sera présenté dans un prochain article sur ce blog. D’ici là, jetez donc un oeil à http://www.cavi.univ-paris3.fr/lexicometrica/jadt/jadt2006/PDF/011.pdf . Fred, le comparse d’Abdel le créateur de Romanesque 2.0 en était fana.

A propos Olivier

L’autokteb est le nom par lequel Abdel désignait la toute première version de Romanesque 2.0 son générateur de roman.

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3 réponses à Cartographier mots et idées pour écrire des récits plus captivants, mais aussi pour gérer ses savoirs

  1. Christophe dit :

    Très belle synthèse, merci !

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